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Chap.1 - L'Economie Sociale et Solidaire et l'Economie
collaborative ou Coopérative




1. La voie tracée par l’Économie Sociale et Solidaire.

Un système économique reposant sur les valeurs que nous venons de prôner, ou un système très proche de celui-là, existe déjà en France et partout ailleurs dans le monde : c’est celui de l’Économie Sociale et Solidaire, un monde qui s’est justement construit en réaction au développement de l’économie capitaliste et de la violence qu’elle exerce sur les hommes et l’environnement.


a. Historique de l’Économie Sociale et Solidaire

Jean-François Draperi, directeur du Centre d’Économie Sociale du Conservatoire des Arts et Métiers (Ceste-Cnam) à Paris et rédacteur en chef de la RECMA (revue internationale de l’économie sociale), distingue 4 périodes essentielles dans l’histoire de l’Économie Sociale et Solidaire :

  • Naissance des Sociétés de Secours mutuel et des coopératives de production

Dès le 19ème siècle, avec l’industrialisation naissante des économies, des ouvriers se regroupent en coopératives de production et mettent en commun leurs savoirs, leurs pratiques, leurs moyens pour travailler dans de meilleures conditions et disposer d’une couverture sociale. Des mouvements soutenus en particulier en France par Jean Jaurès mais auxquels l’État était d’abord opposé. Ces premières coopératives de production n’ont jamais réussi à s’imposer véritablement dans le secteur industriel. Ce n’est qu’en 1850 que sont reconnues légalement les Sociétés de secours mutuel et en 1901 que sera reconnue par la loi la liberté d’association pour tous. En 1945, une ordonnance redéfinit le statut et le rôle des Sociétés mutuelles, en complémentarité avec la Sécurité Sociale mise en place pour tous. Une mutuelle est un groupement qui, au moyen des cotisations de ses membres, se propose de mener, dans l’intérêt de ceux-ci ou de leur famille, une action de prévoyance, de solidarité ou d’entraide (prévention des risques sociaux et réparation de leurs conséquences, encouragement de la maternité, protection de l’enfance et de la famille, développement moral, intellectuel et physique de leurs membres).

  • Essor des Coopératives de consommateurs

D’autres initiatives voient également le jour à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, qui se concrétisent par le développement des associations de consommateurs, d’abord en Angleterre puis partout ailleurs en Europe. Le principe est de donner le pouvoir aux consommateurs, de leur permettre de mieux consommer en s’organisant tant au niveau de la distribution (chaînes de magasins) que de la production (coopératives). En France, ces coopératives de consommateurs se développeront fortement avec le soutien de l’État français durant la première guerre mondiale en assurant, via un large réseau de magasins Coop, l’approvisionnement de la population en produits de base. Ce mouvement s’est fortement développé dans toute l’Europe, couvrant de nombreux besoins de la population et générant des milliers d’emplois.

C’est en 1947 qu’est défini légalement le statut des coopératives : une coopérative est une société constituée de plusieurs personnes volontairement réunies en vue de satisfaire leurs besoins économiques ou sociaux par leur effort commun et la mise en place des moyens nécessaires. Elle exerce son activité dans toutes les branches de l’activité humaine et respecte les principes suivants : une adhésion volontaire et ouverte à tous, une gouvernance démocratique, la participation économique de ses membres, la formation desdits membres et la coopération avec les autres coopératives. Chaque membre coopérateur dénommé, selon le cas, «associé» ou «sociétaire», dispose d’une voix à l’assemblée générale. Les excédents de la coopérative sont prioritairement mis en réserve pour assurer son développement et celui de ses membres.

  • Développement des projets sur de petits territoires.

La troisième avancée du développement social et solidaire nous vient des expériences tentées dans les pays du Sud qui, après la décolonisation, ont cherché à mettre en place un modèle de développement propre qui ne soit ni le capitalisme américain, ni le

socialisme de l’URSS, sur la base du développement endogène et de l’éco-développement. Des expériences multiples vécues en Afrique, en Amérique du Sud, en Inde,... qui ont démontré l’intérêt d’ancrer la démarche sur de petits territoires, le plus souvent à l’échelle d’un village.

  • Inter-coopération entre les acteurs du territoire

Enfin, la quatrième période, celle que nous vivons actuellement. L’Économie Sociale et Solidaire regroupe aujourd’hui un ensemble de structures (coopératives, mutuelles, associations, fondations, qui sont des groupements de personnes et non de capitaux) qui reposent sur des valeurs et des principes communs de solidarité et d’utilité sociale. Elles portent des projets innovants[5] qui concilient les activités économiques et l’intérêt collectif. Ces entreprises adoptent des modes de gestion démocratiques et participatifs. Le profit individuel est proscrit et les résultats sont réinvestis. Elles bénéficient d’un cadre juridique renforcé depuis la loi du 31 juillet 2014 relative à l’ESS[6] .

Les actions de l’ESS reposent désormais sur la mise en place d’une inter-coopération entre producteurs et consommateurs à l’échelle de petits territoires, à l’image des AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) ou des produits équitables.


b. La représentation de l’ESS dans les instances nationales et internationales

La structuration de l’Économie Sociale et Solidaire devrait faciliter la propagation du modèle à travers le pays, l’Europe et les autres continents. Les structures de l’ESS sont désormais représentées, soutenues, accompagnées, valorisées régionalement par les Chambres régionales de l’ESS (CRESS). Le conseil National des Chambres Régionales de l’ESS[7] réunit 5 fois par an les 26 CRESS régionales qu’il représente au plan national et européen.

Cette organisation récente lui permet déjà d’être reconnue par les collectivités locales et territoriales, de lancer des actions, des projets d’envergure à l’échelon départemental, régional, national ou au-delà ; c’était une des conditions indispensables pour parvenir à orienter demain le droit et les normes européennes et mondiales, et dessiner le futur système économique basé sur les valeurs de l’Économie Sociale et Solidaire. Le projet de traité transatlantique, soutenu par les États-Unis, montre bien la nécessité pour l’Économie Sociale et Solidaire d’être représentée et de faire entendre sa voix dans les instances nationales et internationales.


2. Les apports de l’économie collaborative

Le terme « économie collaborative » est utilisé pour désigner les structures qui s’appuient sur les technologies de l’information et de la communication, qui ont choisi un mode de management participatif, qui proposent des offres produits-services plus respectueuses de l’environnement, qui favorisent le développement de la société de la connaissance et donc la capacité de l’homme à s’adapter à l’évolution de la société.

S’enrichir par la connaissance, partager le savoir et les savoir-faire, transmettre au plus grand nombre sont les principes de base des MOOC[8] (Massive Open Online Course), des cours en ligne ouverts à tous, qui se sont développés essentiellement depuis les années 2000 avec la démocratisation d’internet. Tout semble commencer lorsque le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’engage en 2001 à mettre gratuitement en ligne tout le contenu des cours à partir du niveau Licence. Le mouvement a été suivi par nombre d’autres universités et fondations qui, a leur tour, se sont engagées à créer et à distribuer des ressources éducatives libres et gratuites. Il existe aujourd’hui des MOOC dans tous les domaines, de l’informatique aux cours de cuisine. Openclassroom permet par exemple de suivre des formations diplômantes dans le domaine des technologies internet. Le modèle économique des MOOC est généralement basé sur un premier niveau d’accès gratuit et un niveau supérieur payant ou sur la publicité en ligne ou sur une libre adhésion ou sur un financement participatif (ou sur un mix de ces solutions).

Autre exemple dans le domaine du partage des connaissances : Wikipedia, qui se définit comme une encyclopédie librement réutilisable que chacun peut améliorer. Wikipedia est à la fois un espace ouvert, participatif, visant à partager les connaissances dans pratiquement n’importe quel domaine et accessible uniquement sur internet.

L’économie collaborative est aussi l’économie du partage, de la mise en commun des biens, des lieux et des outils (espaces de coworking), et une économie durable, circulaire, évitant le gaspillage, limitant au maximum les déchets, favorisant les produits recyclables.

Exemple : Blablacar, qui offre un service de covoiturage, Fairphone qui propose un smartphone équitable, entièrement réparable par soi-même.

Le monde de demain est déjà présent autour de nous, à nous d’ouvrir les yeux, de favoriser les solutions qui nous paraissent être les meilleures, de nous engager par nos choix quotidiens dans notre façon d’être, d’agir, de consommer, de produire et d’échanger.


Accéder au chapitre 2   Les Fondations, les associations, les Organisations Non Gouvernementales

Sources et compléments d'information

[5] Le labo de l’ESS - Un laboratoire d’idées, de solutions innovantes pour développer l’Économie Sociale et Solidaire. Source :
http://www.lelabo-ess.org

[6] Portail de l’Économie et des Finances. Source :
http://www.economie.gouv.fr/cedef/economie-sociale-et-solidaire

[7] CNCRES. Source :
http://www.cncres.org/

[8] Présentation des MOOC par Wikipedia. Source :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Formation_en_ligne_ouverte_à_tous