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Chap.2 - La pauvreté dans les pays en développement



À la fin du 20ème siècle, la population des pays riches consom mait à elle seule 90 % des ressources de la planète. À eux seuls les Américains, qui ne représentaient que 6 % de la population mondiale, consommaient près de 50 % de toutes les ressources mondiales. Un Américain consommait autant que 1 100 Rwandais. Les famines qui touchent la population d’Afrique depuis des années provoquent des révoltes de plus en plus violentes et constituent un des éléments visibles de la pauvreté dans les pays en développement.

La faim favorise également le développement des migrations clandestines. On estime que chaque année, 2 millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et que, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée et autant en Atlantique. Le réchauffement de la planète et les dérèglements climatiques causés par la pollution, les guerres et le terrorisme à l’échelle planétaire donnent encore un coup d’accélérateur à ces mouvements de populations.


1. Les causes exogènes de la pauvreté


a. L’exploitation des richesses et populations depuis le 15ème siècle

Si les navigateurs français et européens se rendent en Inde, dès le 15ème siècle, pour s’approvisionner en épices, c’est surtout au 17ème siècle que la France, dotée d’une marine de guerre imposante, parvient à se constituer un vaste empire colonial. En Amérique du Nord, elle exploite de vastes zones de pêche, des espèces animales (les castors pour leur peau), les forêts pour le bois. Aux Antilles, la France, qui s’intéresse d’abord au tabac, se tourne très vite vers la production de canne à sucre qui génère de meilleurs profits.

Le modèle économique sur lequel est basé le fonctionnement des colonies est partout identique : un riche colon s’approprie des terres. Après avoir engagé en France des travailleurs pour les exploiter durement dans les plantations, les colons se tournent rapidement vers une solution bien plus rentable : l’esclavage[1]. Dans ce modèle d’organisation, le maître a tous les droits sur la main d’œuvre, qu’il exploite sans retenue jusqu’à la mort.

La France ouvre un second empire colonial à la fin du 19ème siècle en Asie et en Afrique. Il faut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour voir les débuts de la décolonisation, qui s’achèvera en 1960.

Les multinationales, qui se sont implantées depuis dans tous ces pays, ont pris le relais et exploitent à outrance toutes les ressources du pays, aidés par des pouvoirs politiques locaux souvent corrompus.


b. Le rôle néfaste des multinationales et des pays riches[2]

Les grandes entreprises multinationales installées à l’étranger exploitent une main d’œuvre bon marché, sans se préoccuper de sa protection, de sa santé, de son environnement, de sa rémunération,… Elles s’accaparent également les ressources naturelles de ces pays et profitent de leur position dominante sur les marchés pour faire varier les cours à leur avantage. Ce faisant, elles organisent la famine dans les pays en développement, avec le soutien des pays riches qui vont jusqu’à intervenir militairement pour sauver des dictatures et préserver ainsi leurs intérêts politiques et économiques dans ces pays.

Le cas de Monsanto est révélateur du comportement de ces multinationales : cette entreprise a modifié génétiquement des plantes afin qu’elles ne puissent pas se reproduire. Les graines vendues aux pays en développement sont donc à usage unique. Une fois la récolte réalisée, il faut acheter d’autres graines si on veut une 2ème récolte. Ces procédés privent les pays en développement des bienfaits de la nature et les maintiennent dans un état de dépendance et de pauvreté permanent.

Après avoir affamé, exploité, pillé et pollué les pays les plus pauvres, les multinationales sont en train d’amener les ex-pays riches dans une situation équivalente en termes de pauvreté. Concurrencées par ces géants établis dans des pays à bas coûts de main d’œuvre et peu soucieux d’environnement, les petites et moyennes entreprises des pays occidentaux n’ont d’autre choix que de délocaliser, de se faire racheter, de réduire leurs coûts de main d’œuvre ou de s’appauvrir et de disparaître.


c. La spéculation sur les matières premières agricoles[3]

Les groupes financiers ou fonds d’investissements achètent à découvert des produits agricoles pour provoquer un effet de pénurie puis une augmentation des cours. Ils peuvent alors revendre à des prix supérieurs, engrangeant ainsi de substantiels bénéfices. Ce faisant, le coût des produits alimentaires est devenu inabordable pour les plus pauvres, qui ne gagnent plus assez pour se nourrir. Les grands groupes internationaux rachètent leurs terres aux paysans, développent une agriculture d’exportation au détriment de la population locale qui meurt de faim.


d. La surexploitation de l’environnement

Depuis des années, on déplore la surexploitation des terres, des sols et sous-sols, la déforestation massive, les pratiques agricoles inappropriées qui épuisent la fertilité de la terre. Cette logique a été renforcée avec l’émergence de la production d’agro-carburants par les multinationales, qui ont détruit des agricultures vivrières pour produire du carburant !

Dans les domaines de la pêche et de l’exploitation des ressources de la mer, le constat est identique : les États de l’Afrique subsaharienne, surendettés, vendent leurs droits de pêche à des entreprises industrielles du Japon, d’Europe, du Canada. Les bateaux-usines de ces dernières ravagent les lieux de pêche[4]. Les villages côtiers et les communautés de pêcheurs installés le long des côtes se meurent. La raréfaction des ressources minières, pétrolières et agricoles favorise l’augmentation des tarifs et l’exploitation toujours plus poussée des ressources naturelles ; des évolutions qui rendent tous ces biens inaccessibles aux pays et aux populations les plus pauvres.


e. Le coût des aides internationales

Le FMI et la Banque Mondiale ont été créés à l’origine pour favoriser les échanges mondiaux à la fin de la seconde guerre mondiale. En incitant les pays du tiers-monde à développer les productions de produits agricoles destinés à l’exportation, non seulement ils ont privé les populations de ressources alimentaires mais ils ont également poussé ces pays à s’endetter. Lorsqu’en 1979, les États-Unis multiplient par 4 ou 5 le taux d’intérêt sur les emprunts, les pays du tiers-monde se retrouvent dans l’impasse.

Leurs dettes augmentent tellement qu’ils sont contraints de réemprunter pour rembourser non pas le montant de la dette mais les seuls intérêts. Les prêts contractés auprès du FMI et de la Banque Mondiale ont alors été accordés aux pays qui acceptaient de réduire drastiquement leurs dépenses publiques, y compris dans des domaines qui conditionnaient le redressement économique du pays comme l’enseignement, la santé ou les aides sociales pour les plus pauvres. «L’initiative en faveur des pays pauvres très endettés», lancée lors du G7 de 1996 par le FMI et la Banque Mondiale[5] et visant à réduire les dettes du tiers-monde est positive mais clairement insuffisante pour inverser la tendance et relancer les économies locales.


2. Les causes endogènes de la pauvreté dans les pays en développement



  • Le détournement des richesses au profit de quelques privilégiés[6]
  • La corruption du pouvoir par les multinationales
  • la mauvaise gestion des ressources[7]
  • Les inégalités sociales extrêmes
  • La fuite des capitaux à l’étranger
  • La mise à l’écart de l’agriculture, priorité étant donnée aux produits d’exportation
  • Le manque de planification et de projets de société
  • Le manque de vision commune à l’échelle régionale et continentale
  • La croissance de la population
  • Le manque de formation, d’écoles, de programmes et de liberté de penser des populations soumises à la dictature de leurs dirigeants.

3. Les conséquences de la grande pauvreté des pays en développement


Des populations entières souffrent de malnutrition ou de sous-nutrition, sans eau, sans accès aux soins ni à la formation. Privées de tout, ces populations sont faciles à mener dans des actes et des dérives de tous types : communautarisme, guerres fratricides, prostitution, trafic d’organes humains[8] , de drogue, actes de piraterie et terrorisme international,… Ces populations sont aussi celles qui sont le plus souvent touchées par de nouvelles maladies : le sida, la grippe aviaire, Ebola[9] ,...

Aujourd’hui, les pays occidentaux ne peuvent plus ignorer tout cela ; ce qu’on pensait inimaginable il ya encore quelques années ou quelques mois est en train de se produire : des populations entières en provenance des pays du Sud viennent s’échouer sur nos côtes et affluent sans savoir où aller. Faut-il attendre des événements tragiques pour se décider à accueillir ces personnes ? Ceux qui fuyaient les Allemands au début des années 40 étaient contents d’être accueillis dans des régions situées plus au Sud ou à l’Ouest. Aujourd’hui, d’autres ont besoin de nous. Allons-nous les exclure, les renvoyer en mer ou chez eux se faire exécuter ou mourir de faim ? C’est ça le pays des droits de l’homme ? C’est ça le pays de la fraternité ?

Selon la législation française actuelle, les demandeurs d’asile qui arrivent n’ont pas le droit de travailler[10] ! Que vont faire ces populations à longueur de journée ?

Aujourd’hui, les interconnexions des pays, les échanges, les médias et en particulier les médias sociaux réduisent le monde à un village, à une population unique. Il est temps pour ces populations de se rendre compte qu’elles partagent les mêmes aspirations, que leur intérêt est de s’associer, de s’organiser et d’avancer ensemble vers un autre modèle de développement. Ceci est envisageable, d’autant plus que la crise concerne une partie de plus en plus importante de la population, soit des milliards d’individus à l’échelle de la planète.


Sources et compléments d'information

[2] Afrique. Interview Jean Ziegler : les vrais bandits sont les multinationales. Source :
http://www.courrierinternational.com/article/2012/02/02/interview-jean-ziegler-les-vrais-bandits-sont-les-multinationales

[8]Lutter contre le trafic d’organes humains. Source :
http://www.arte.tv/fr/lutter-contre-le-trafic/4120112,CmC=4120166.html