Logo ecosphere.

Chap.1 - La pauvreté en France et dans les pays riches



Nous essaierons de comprendre, dans cette partie, comment (dys)fonctionne l’économie mondiale, d’expliquer comment les économies nationales se sont imbriquées les unes dans les autres, en particulier depuis le 20ème siècle, de mieux appréhender le rôle des multinationales, des banques, de la finance, des organismes internationaux et de déceler les mécanismes à l’origine des crises économiques et financières qui touchent tous les pays occidentaux et aboutissent à la mise au chômage de millions de salariés. En France, en 2016, pour une population totale de 66 millions d’habitants en 2015, on dénombre 26 millions d’actifs (source INSEE) et 6 millions de demandeurs d’emploi dont 2,6 millions de longue durée (source UNEDIC). Partout dans les pays dits riches se développe aussi une population de travailleurs pauvres.


1. Définitions de la pauvreté

L’Union européenne a défini la pauvreté comme une notion relative, liée essentiellement au niveau de revenu dont on dispose dans son pays mais aussi à d’autres critères comme l’état de santé, le niveau d’éducation, l’espérance de vie et la durée de chômage. En France, l’INSEE répertorie plusieurs niveaux de pauvreté [1] :


  • La pauvreté élargie :
    En France, elle touche 14 % de la population soit environ 9 millions de personnes. Ce sont les personnes qui vivent avec un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national ; le revenu médian en 2015 en France s’élevant à 1 772 euros, on commence à tomber dans la pauvreté lorsque le revenu perçu est inférieur à 1 063 €. C’est cette définition de la pauvreté qui est retenue au niveau européen.

  • Le cœur de la pauvreté :
    Il est constitué des 7 % de la population française (4,6 millions de personnes) qui vivent avec un revenu inférieur à 50 % du revenu médian national, soit avec moins de 886 € par mois.

  • La grande pauvreté :
    Elle touche 3 % de la population française (près de 2 millions de personnes) avec des revenus inférieurs à 40 % du revenu médian national soit un revenu inférieur à 709 €. Parmi ces pauvres figurent les «sans domicile fixe», des chômeurs, des bénéficiaires du RMI ou de revenus de solidarité mais aussi des travailleurs pauvres qui occupent des emplois précaires ou à temps partiel. En 2015, plus de 3 millions d’enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France[2].

Cette pauvreté ne touche pas uniquement la France, tous les pays développés en souffrent. En Allemagne, par exemple, la pauvreté extrême touche 6,3 % de la population, la pauvreté intermédiaire 11 %, la pauvreté élargie 17,2 %. En Angleterre, ces niveaux s’établissent respectivement à 3,7 %, 8,3 % et 15,5 %. Même les pays nordiques, souvent présentés comme des modèles en matière de solidarité, enregistrent des taux similaires, à l’instar de la Norvège dont les taux s’établissent à 3,5 %, 6,8 % et 12,4 %. Les écarts entre les revenus des plus riches et ceux des plus pauvres augmentent.

Ford, aux États-Unis, au début du 20ème siècle, préconisait de placer le salaire d’un ouvrier et celui de son patron dans un intervalle de 1 à 30, de sorte que les ouvriers puissent être les premiers clients des voitures produites sur ses chaînes. Aujourd’hui, les écarts constatés vont de 1 à 500 ! Les grands dirigeants des entreprises et les actionnaires s’accaparent la plus grande partie des richesses produites. Ces inégalités croissantes participent bien sûr au développement du sentiment d’injustice, à la montée des frustrations, à l’explosion de la violence dans certaines régions, dans certaines villes ou certains quartiers particulièrement touchés par le chômage et la pauvreté.

À la pauvreté économique s’ajoute la pauvreté culturelle ; d’une part celle qui caractérise les milieux les plus défavorisés, qui sont privés de tout : comment un enfant né et élevé dans la rue ou dans un bidonville parisien va-t-il pouvoir s’insérer dans la société moderne ? Quelles valeurs portera-t-il en lui alors qu’il n’a jamais connu que le rejet, le froid, la violence, la pauvreté ? On aborde là un sujet qui est celui de la culture du pauvre[3] au sens des valeurs, des attitudes, des comportements qu’il sera amené à avoir vis-à-vis des autres et qui va conditionner sa capacité à s’intégrer dans la société. La pauvreté culturelle, c’est aussi celle que le système médiatique actuel veut imposer à tous, en particulier en diffusant des émissions de téléréalité glorifiant des individus, des comportements, des échanges qui ne présentent aucun intérêt[4] . Faut-il empêcher la population de réfléchir ? Faut-il la maintenir dans un état de mort cérébrale pour qu’elle continue à accepter la dictature d’un système qui ne tient déjà plus debout ?


2. L’évolution de l’économie et de la pauvreté en France et dans les pays riches

a. Naissance de la population ouvrière

Le 19ème siècle est marqué par la révolution industrielle, qui démarre en Angleterre et qui s’étend rapidement à la France puis aux autres pays d’Europe, aux États-Unis, à la Russie et au Japon. L’agriculture, jusqu’alors premier secteur économique, laisse la place à l’industrie ; ce secteur réclame d’importants capitaux pour financer les usines, les moyens de transports : chemins de fer, bateaux,... nécessaires aux approvisionnements comme aux débouchés.

L’industrie demande une main d’œuvre nombreuse. Les campagnes se vident de leur population qui s’installe autour des lieux de production dans les villes. La classe ouvrière, qui représente alors plus du tiers de la population active, arrive péniblement à survivre. Les salaires sont faibles et obligent hommes, femmes et enfants à travailler jusqu’à 15 heures par jour, sans congés. Les ouvriers ne parviennent ni à s’alimenter, ni à s’habiller, ni à se loger correctement. Les maladies, l’alcoolisme, les accidents du travail se développent, poussant les ouvriers à la révolte.


b. La crise de 1929

Le manque de débouchés incitera les établissements financiers des États-Unis à proposer aux plus riches d’investir en bourse et, pour optimiser leurs profits, de spéculer : il s’agit pour eux d’acheter des actions ou d’autres produits financiers en espérant faire monter les prix, pour les revendre ensuite en dégageant des bénéfices élevés. Cette hausse de la rentabilité des placements va attirer de nombreux investisseurs et favoriser l’amplification du mouvement ; les établissements financiers vont se multiplier, proposant, du fait de la concurrence accrue, des produits financiers toujours plus rémunérateurs ; les prêts sont alors accordés plus facilement, que ce soit pour spéculer ou pour investir. Des banques spécialisées dans le crédit immobilier apparaissent et prêtent quasiment sans garantie... Jusqu’au jour où, le doute s’installant, les acheteurs font défaut... Alors la crainte de voir les cours baisser provoque le mouvement inverse et très vite, engendre un mouvement de panique. À la bourse de New York, le jeudi 24 octobre 1929, les cours s’effondrent. La crise financière de 1929[5] , qui est d’abord une crise de riches, va s’étendre au reste des pays développés et toucher l’ensemble des populations. Le monde n’en sortira vraiment qu’après-guerre.


c. L’après-guerre

Après 1945, les besoins de la population sont considérables. Toute l’économie est à reconstruire. Les maisons, les routes, les entreprises,... Les besoins en main d’œuvre, très importants, permettent aux salariés d’obtenir des améliorations de leurs salaires et des conditions de travail ; les congés payés, qui ont fait leur apparition en France en 1936, verront leur durée passer de deux à trois semaines en 1956 puis à quatre en 1969. Des congés qui participent aussi à l’émergence de nouvelles activités liées au tourisme. Tout ce contexte permet à la consommation de masse de se développer. Le chômage est à son plus bas niveau. En Europe comme aux USA, les entreprises se développent pour répondre à la demande d’équipement des ménages : équipement de la personne, de la maison, automobile, loisirs,... Tous les secteurs de l’industrie inventent et mettent de plus en plus d’articles à la disposition des consommateurs. Le Gouvernement fait appel à la main d’œuvre étrangère pour renforcer les effectifs de la population salariée, insuffisante face à l’ampleur des besoins. Le système économique s’adapte aux besoins de la population, qui tirent la croissance. La plupart des produits sont fabriqués et consommés sur le territoire national. C’est le plein emploi.

À la fin des années 60, la croissance commence à ralentir ; la plupart des ménages disposent de tout ce dont ils avaient rêvé : une maison, une voiture, des équipements électroménagers,... Les techniques de vente, le marketing et la publicité se généralisent dans les entreprises pour séduire le consommateur et l’inciter à continuer de consommer. Pour continuer à produire, on invente les produits jetables, on gaspille les ressources sans compter… Mais cela ne suffit pas ; le niveau d’activité et la rentabilité des entreprises diminuent. Dès 1970, on enregistre les premières fermetures d’usines. Le mouvement de concentration et d’internationalisation des entreprises va s’accélérer, autant pour tenter d’élargir les débouchés à l’extérieur du pays que pour s’approvisionner et fabriquer à moindre coût.

À ces difficultés économiques vont s’ajouter des bouleversements au niveau du système monétaire international. Depuis 1944, seul le dollar était convertible en or. Tant que la masse de dollars en circulation à travers le monde était inférieure au stock d’or détenu par les États-Unis, la valeur du dollar était garantie. Les dépenses de guerre au Vietnam, la conquête de l’espace ont contraint les États-Unis à mettre sur le marché mondial des masses de dollars totalement incontrôlées. Le développement des échanges internationaux a aussi poussé les banques européennes à proposer des prêts en dollars à leurs entreprises. En août 1971, ne souhaitant pas dévaluer leur monnaie, les Américains suspendent la convertibilité du dollar en or. En 1973, ils seront contraints d’abandonner la parité dollar-or, rendant son taux de change fluctuant par rapport aux autres monnaies.

La désorganisation du système monétaire international, les incertitudes sur les coûts d’approvisionnement en énergie et en matières premières, l’augmentation du coût du pétrole et la réduction simultanée des débouchés des entreprises provoquent la fermeture de nombreuses usines. C’est la fin des 30 glorieuses[6] , 30 années de croissance soutenue, marquées par le plein emploi.


d. Les années 1970 et la crise économique de 1973[7]

La crise économique aux États-Unis et la crise monétaire internationale provoquent l’envolée du chômage. Pour continuer à réaliser des profits conséquents, les entreprises installent leurs unités de production dans des pays où l’exploitation de la main d’œuvre peut se faire à bon marché. Les produits fabriqués sont ramenés dans les pays riches et captent une part grandissante du pouvoir d’achat des populations, attirées par des prix bas. La qualité des produits n’est pas encore au rendez-vous mais elle va très vite progresser, permettant aux produits d’importation d’envahir les marchés occidentaux.

On peut tirer des enseignements essentiels de cette période :


  • Des avantages temporaires :
    Les débouchés des entreprises installées à l’étranger sont encore dans les pays développés. On fait fabriquer en Asie ou au Moyen-Orient mais on réimporte le produit fini car le pouvoir d’achat est encore dans les pays riches. Le chômage s’est développé mais une partie de la population continue de profiter de la vie et de consommer. On ne le mesure pas encore à ce moment-là mais cette logique conduira, quelques années plus tard, à la réduction de la taille des marchés dans les pays développés (fermeture des usines, augmentation du chômage, baisse du pouvoir d’achat, réduction de la production locale, développement des importations, réduction de l’emploi, baisse des salaires,...) et au déclin de toute l’industrie nationale. À l’époque, le gouvernement considère que l’économie nationale doit se tourner vers les emplois plus qualifiés (la robotique commence à faire rêver) et vers les métiers de service ; tant pis pour la métallurgie, la sidérurgie et les Petites ou Moyennes Industries qui en dépendent.

  • Des effets négatifs très éloignés :
    Un voile pudique est jeté sur ce qui se passe à l’extérieur, dans les pays pauvres ; l’essentiel est de pouvoir continuer à consommer localement. La clientèle est peu ou mal informée sur les modes de développement des industries nationales à l’étranger ; quand elle sait, elle ferme les yeux ! C’est loin, c’est ailleurs, on n’y peut rien.

  • Une prise de conscience trop restreinte et trop tardive :
    Pour la première fois, certaines consciences s’éveillent sur la finitude de la planète. Les ressources ne sont pas inépuisables, il faut prendre soin de l’environnement. Les mouvements écologistes apparaissent. Ils ne réunissent en France que peu d’adhérents. En Allemagne, les Verts, plus puissants et plus organisés, militent beaucoup plus fortement, en particulier contre le développement du nucléaire. Les autocollants «Nuclear, nein danke !» (Le nucléaire, non merci !) fleurissent sur les Volkswagen Combi.
    Les multinationales, avec le soutien de toutes les instances nationales et internationales, (OMC, GATT, FMI,...) règnent en toute liberté et en toute impunité sur l’économie mondiale mais aussi sur l’ensemble des États et des populations de la planète. Les occidentaux fermeront les yeux sur la pauvreté, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution, la misère et la faim dans les Pays en Voie de Développement. Peu importe que des enfants y travaillent dans les pires conditions, l’essentiel est de profiter individuellement du système, de pouvoir s’offrir des produits à bon marché ! À cette époque, la somme des intérêts individuels dans les pays riches conduisait à la richesse collective : les plus riches gagnaient déjà beaucoup d’argent, les plus pauvres bénéficiaient de prix d’achat peu élevés grâce aux importations.
    Il était encore temps, certainement, à l’époque de s’opposer, de résister, d’interdire le dumping social, environnemental, de mettre en place les taxes à l’entrée des frontières de l’Europe pour rétablir les conditions d’une concurrence saine, normale. Les marchés européens et américains cumulés auraient pu suffire. La Chine et l’Inde auraient été contraints de développer d’abord leurs marchés intérieurs, d’augmenter les revenus de leurs populations, de favoriser l’émergence d’une classe moyenne qui aurait consommé et créé les débouchés nécessaires aux industries locales.
    En 1975, la France comptait 644 000 chômeurs, le million de chômeur sera dépassé au cours de l’année 1978 (source : INSEE).


e. Les années 1980 à 2000

Face aux difficultés rencontrées par les entreprises françaises, François Mitterrand tente en arrivant au pouvoir en mai 1981 de relancer la croissance par la consommation. Mais il est déjà trop tard ; notre tissu économique s’est tellement délité que l’augmentation du pouvoir d’achat profite aux importations en provenance des pays asiatiques ou du Moyen-Orient. Ne parvenant pas à relancer la croissance par la demande, il reste deux secteurs pour soutenir l’activité : le luxe et la finance. Les premières décisions pour desserrer les entraves qui brident le monde de la finance seront prises dès cette époque.

Le chômage en France passe de 1,2 millions de personnes en 1980 à 1,9 millions de personnes en 1990 (source : INSEE). Les entreprises continuent d’investir dans les pays pauvres, qui abritent désormais toutes les industries polluantes de la planète. Les produits fabriqués sont ensuite diffusés à travers le monde et génèrent des flux d’argent de plus en plus importants. De nouveaux débouchés naissent dans les pays émergents avec le développement d’une classe moyenne, avide de consommation.

Mais la globalisation de l’économie mondiale est surtout financière avec des volumes d’achats et de ventes de titres en bourse, des transactions bancaires internationales et surtout des transactions sur les marchés des changes jamais atteints et totalement déconnectés du niveau des échanges réels. Des produits financiers complexes sont créés pour faciliter la spéculation, multiplier les profits sur les opérations purement financières, sans qu’aucune précaution ne soit prise pour préserver l’intérêt des économies nationales et des populations.

En 1999, le chômage atteint 2,3 millions de personnes en France (source INSEE)[8] .

Après l’éclatement de la bulle informatique en 2001-2002, les innovations financières et la généralisation des pratiques bancaires les plus risquées, qui se renouvelleront à partir de 2006-2008, feront entrer l’économie occidentale dans une crise dont elle n’est toujours pas sortie aujourd’hui, en 2016.


f. La crise financière de 2008


  • Des pratiques financières risquées à l’origine de la crise
    À la fin du 20ème siècle, l’économie américaine n’est plus la première du monde. De nombreux secteurs industriels ont pratiquement disparu. Les États-Unis importent de plus en plus de produits en provenance de l’Asie. Les entreprises américaines sont en difficulté, le chômage augmente, les rentrées fiscales diminuent.
    Les dépenses militaires engagées dans les guerres en Irak et en Afghanistan déséquilibrent le budget des USA qui devient largement déficitaire, obligeant le pays à emprunter sur les marchés financiers pour faire face aux besoins de la guerre.
    Pour maintenir l’activité économique et accroître artificiellement le pouvoir d’achat des ménages, les États-Unis décident en 2004 de réduire les taux d’intérêt de façon à faciliter les emprunts. Le problème est que, comme en France en 1981, les foyers achètent des téléviseurs, des ordinateurs, des téléphones mobiles, des voitures,... qui ne font que gonfler les importations. La Banque Centrale américaine va alors décider d’accorder plus facilement, y compris aux plus pauvres, des prêts encore plus importants, de façon à inciter les ménages à investir dans l’habitat… et faire tourner le secteur du bâtiment américain. Des millions de foyers s’endettent bien au-delà de leurs capacités de remboursement pour acheter une maison, une piscine,... Pour réduire les risques liés à la défaillance inévitable de certains foyers, de nouveaux produits financiers sont créés : les créances immobilières des banques, provenant de plusieurs États américains, sont regroupées par paquets de 1 000 puis mélangées avec des titres sûrs, bénéficiant d’un niveau de crédibilité élevé. Ces nouveaux produits sont alors proposés aux épargnants sous forme d’obligations, des placements à rendements garantis. Cette pratique dite de titrisation des créances, outre le fait de masquer la valeur réelle du produit, permet aux banques de sortir les prêts de leur bilan, ce qui leur évite d’avoir à immobiliser une réserve de fonds propres équivalente en montant de garantie. Ainsi, elles peuvent développer leurs activités indépendamment de leurs ressources réelles. Ces produits innovants mais douteux sont également proposés aux banques européennes. Comme il y a de la demande, les prix de ces produits gonflent, poussant les banques européennes à en acheter davantage, quitte à emprunter, voire à passer par des paradis fiscaux qui permettent de contourner la réglementation sur le volume d’emprunt.
    À l’automne 2007, l’inflation augmente aux États-Unis, faisant chuter la valeur du dollar. Pour enrayer ce mouvement, la Réserve Fédérale des États-Unis va relever son principal taux d’intérêt directeur, le portant de 1 % en 2004 à plus de 5 % en 2007. Les taux variables d’emprunt, présentés initialement comme un avantage pour les emprunteurs, vont provoquer un gonflement des échéances. 22 millions de foyers, incapables de rembourser leurs emprunts avec des montants d’intérêts multipliés rapidement par 5, voient leur maison saisie. Les banques qui ont accordé des prêts ne récupèrent pas leurs créances.
    Octobre 2008 : la banque Lehman-Brothers est en cessation de paiement. La Réserve Fédérale américaine prend la décision de ne pas intervenir et de laisser la banque sombrer dans la faillite. La panique qui se propage alors à l’ensemble du système bancaire américain et international fait prendre conscience de la gravité de la situation. Les USA mettent en place le plan Paulson, qui prévoit de consacrer jusqu’à 700 milliards de dollars au sauvetage des banques américaines. AIG (assurances et produits financiers), un des acteurs considérés comme trop importants pour être abandonnés, sera secouru par la Réserve Fédérale des États-Unis avec une aide à hauteur de 182 milliards de dollars, de l’argent que les États-Unis doivent eux-mêmes emprunter.

  • 2010 : les États s’endettent pour sauver le système bancaire
    En Europe, la Banque centrale européenne est elle aussi intervenue en prêtant sans conditions, au taux de 1 %, les montants nécessaires au renflouement des banques des États. Celles-ci n’osant plus prêter ni au consommateur ni aux autres banques, renforcent les effets de la crise et paralysent l’économie européenne. Les premiers pays touchés en Europe ont été les pays du Sud, en particulier l’Espagne, qui a connu également l’éclatement d’une bulle immobilière. Les effets de la crise ont été ressentis plus tardivement en France du fait du nombre important de fonctionnaires qui, disposant toujours de leur revenu, continuaient de consommer.
    Pour sauver leurs banques, des pays comme la Grèce ont été obligés d’emprunter, eux, aux taux les plus élevés (jusque 11 %) du fait du risque supérieur pris par la banque ; en effet, les finances de l’État étaient déjà déséquilibrées du fait de l’habitude prise par la population de ne pas payer ses impôts. Ces conditions d’emprunt amplifient les difficultés de la Grèce à rembourser ses dettes et participent ainsi au renchérissement des crédits accordés ! Pour parvenir à régler ne serait-ce que les intérêts de la dette, la Grèce n’a plus d’autre choix que de réduire ses dépenses. Du jour au lendemain, les salaires des fonctionnaires sont divisés par deux, nombre d’emplois sont supprimés, le pays plonge dans une grave crise sociale.
    De grandes banques européennes, y compris les banques françaises, ont contribué au sauvetage de la Grèce en lui prêtant dix milliards d’euros en 2010. Les taux d’intérêt imposés à la Grèce vont placer le pays à la limite de la faillite, obligeant les autres banques européennes à intervenir à nouveau en 2015, cette fois à hauteur de 86 milliards d’euros, pour éviter l’effet domino.

  • La crise se répercute sur l’ensemble de la population
    Les États qui ont emprunté massivement pour soutenir leurs banques, puis d’autres États en difficulté, doivent rembourser des emprunts de plus en plus lourds et onéreux (les taux d’intérêt des emprunts augmentant avec leur volume, puisque le risque de ne pas pouvoir rembourser augmente !). Les États doivent alors vendre ce qui leur appartient, privatiser, diminuer leurs dépenses en réduisant le nombre de fonctionnaires, la qualité des services publics, les prestations sociales,… Les budgets des hôpitaux et des écoles sont en chute libre ainsi que le niveau de remboursement des médicaments et des soins en général. Les fonctionnaires, les immigrés, les chômeurs ou d’autres catégories de population deviennent les boucs émissaires des difficultés économiques. Renflouées par les États, les banques ont recommencé à faire des bénéfices conséquents leur permettant de rembourser rapidement leurs dettes. Aux États-Unis, AIG a remboursé son prêt de 182 milliards de dollars à la FED en l’espace de deux ans, en ayant généré en prime 25 milliards de bénéfices. À peine sortis de leur situation critique, les établissements ont repris leurs habitudes et ont recommencé à distribuer des bonus considérables à leurs traders et grands patrons, sans participer à la relance de l’ensemble du système. Trop endettés, les États ont été contraints de diminuer leurs dépenses publiques (moins de fonctionnaires) ainsi que le niveau des prestations sociales accordées aux ménages ou les aides aux entreprises.
    Au final, il est devenu évident pour l’ensemble des populations que la minorité dirigeante s’est approprié les profits de la croissance durant des années avant de répartir les pertes subies sur la collectivité, donc sur les plus pauvres !

  • Crise de confiance et crise de société
    La crise de confiance qui résulte d’une telle situation favorise le ralentissement de la consommation des ménages, qui à son tour freine l’emploi et participe à l’accroissement du chômage et à la stagnation des salaires pour ceux qui continuent de travailler. Parallèlement, le renchérissement des coûts des produits agricoles, des matières premières, de l’eau, de l’énergie provoquent une flambée des prix des denrées alimentaires comme des produits manufacturés. Les coûts de l’habitat (achat ou location), de l’alimentation, de la santé, de l’éducation,… deviennent inaccessibles, y compris pour les classes moyennes, créant une crise de la consommation qui se répercute sur les débouchés des entreprises. La difficulté à trouver un logement, à se nourrir, à s’habiller, à se soigner, donc à s’insérer dans la société, développe le sentiment d’injustice, la frustration, la perte des valeurs, la hausse de la délinquance, des délits et des crimes, l’augmentation de l’insécurité. La crise économique et financière se mue en une crise globale de société.


g. En 2015, la France compte plus de 6 millions de demandeurs d'emploi.

Pôle emploi distingue[9] :

  • Les demandeurs d’emploi inscrits de catégorie A, B, C (5 420 900 en août 2015) :
    - A : inscrits à la recherche d’un temps plein (3 571 600),
    - B : inscrits ayant exercé une activité à temps partiel de moins de 78 h le mois précédent (708 500),
    - C : inscrits ayant exercé une activité à temps partiel de plus de 78 h le mois précédent (1 140 800).
  • Les autres catégories D et E (695 400 en août 2015) :
    - D : personnes en maladie, en stage, en formation ou encore en convention de reclassement personnalisé (CRP), en contrat de transition professionnelle (CTP) qui sont sans emploi et dispensés de recherche d’emploi (289 800),
    - E : les personnes bénéficiant de contrats aidés (405 600).
  • Tous les autres :
    ceux qui ont été radiés pour raisons administratives ou défaut d’actualisation, ceux qui de toute façon n’y croient plus…
    La misère touche surtout les jeunes et les personnes âgées ; 25 % des jeunes sont au chômage, deux millions de jeunes de 16 à 25 ans sont désœuvrés donc ni à l’école, ni en formation, ni au travail, ni en vacances ; plus d’un million des 18-29 ans vit sous le seuil de pauvreté.


3. Les forces qui maintiennent le système en place


a. L’économie soumise aux règles des multinationales et des établissements financiers

Les actionnaires des grandes entreprises sont de plus en plus souvent des établissements financiers motivés uniquement par la recherche de rendements importants et rapides, peu importent les dégâts causés au plan d’une économie locale, régionale ou nationale. Si la rentabilité à court terme peut être améliorée en fabriquant ailleurs, on délocalise ! On ferme ici et on ouvre ailleurs, ceci autant de fois que nécessaire.

Le métier, les salariés n’ont plus de valeur. Le capital rapporte plus que le travail ; on achète l’entreprise, on en tire le maximum dans un temps record et on revend ce qu’il en reste après avoir délocalisé ou licencié.


b. Les liens entre le pouvoir économique et le pouvoir politique

Ces grands groupes et leurs dirigeants qui détiennent le pouvoir économique, l’argent, les richesses ont su se rapprocher de ceux qui nous gouvernent, qui préparent les lois et leurs décrets d’application, qui sont à la tête des pays ou des institutions internationales, quand ce ne sont pas tout simplement les mêmes. La collusion des pouvoirs économiques, financiers et politiques est désastreuse pour la démocratie. Les liens entre les détenteurs des capitaux et les dirigeants des institutions internationales, les chefs d’État ou les membres des gouvernements engendrent un monde où règne la pensée unique : celle de la riche minorité bien décidée à exploiter les plus démunis, qu’elle se dise de droite ou de gauche.

Demain, si nous acceptons le traité transatlantique de libre échange tel qu’il est proposé à l’Europe, personne, pas même un État, ne pourra porter plainte contre une multinationale, ni même demander le boycott d’une firme, ni critiquer la firme ou ses produits. En revanche, la multinationale veut se donner le droit d’aller en justice et d’attaquer un État ! Soutenu par les grandes multinationales américaines, le Président des États-Unis tente en 2016 de faire adopter ce traité sans que le contenu ne soit présenté ouvertement ni à nos députés ni à nos sénateurs. Adieu la démocratie ou ce qu’il en reste.


c. L’homme soumis à la pression du système.

Chacun dans l’entreprise est contraint de faire preuve de dévouement, de travailler plus, d’apporter de la rentabilité supplémentaire, d’être le meilleur ou de faire semblant s’il veut obtenir la reconnaissance de son employeur et éviter de se retrouver au chômage du jour au lendemain. Soit on est dans le système et on se donne à fond, soit on est en dehors et on risque fort de connaître le chômage, de perdre son revenu, son logement, son conjoint voire ses enfants et de tomber dans la misère la plus profonde.

Pour se rassurer soi-même autant que pour montrer qu’on a une place enviable dans le système, c’est à qui en aura le plus, qui aura la plus grosse, la plus belle ou la plus chère des montres, des voitures ou des maisons. Notre vie tout entière doit-elle être tournée vers la consommation ? Ne savons-nous rien faire d’autre qu’acheter ?

Pour limiter les risques de saturation des marchés, pour nous permettre de racheter plus souvent, les entreprises innovent, rendent les produits non réparables, programment leur obsolescence et délocalisent, nous permettant ainsi d’importer de l’étranger et de consommer à moindre frais des produits fabriqués là-bas sans aucun souci du respect de l’homme et de l’environnement.

Les formes d’emprunts les plus diverses nous sont proposées pour nous permettre de dépenser ce que nous n’avons pas encore gagné et que nous ne gagnerons peut-être jamais. À l’écoute quand ce n’est pas au service des besoins des entreprises et de notre système économique, les politiques vont faire évoluer les lois pour libérer le commerce de ses entraves : nous pouvons désormais passer aussi nos dimanches dans les grands magasins. Nous pouvons polluer avec nos moteurs diesel. Nous pouvons même exclure les moins performants d’entre nous du système économique, pour ne conserver que les meilleurs en entreprise, ceux qui vont pouvoir travailler plus pour financer... les allocations chômage de ceux qui ont été mis sur la touche ? Quel est le sens de tout cela ?

La crise du secteur de l’élevage en France en 2015 (porcs et bovins en particulier) montre bien l’impasse dans laquelle nous arrivons : les éleveurs sont depuis des années soumis à la bonne volonté des industriels, distributeurs et autres intermédiaires (avec des rôles et des marges opaques), qui fixent le prix de vente sur le marché et maintiennent le revenu du producteur au niveau le plus bas, voire en dessous de son coût de revient (donc à perte), engendrant régulièrement des crises profondes et durables dans ce secteur. Simultanément, les groupes alimentaires qui dominent ce secteur imposent leurs méthodes, leurs produits, leurs solutions ou les solutions de leurs partenaires : laboratoires vétérinaires qui fournissent vaccins, antibiotiques ou autres solutions médicamenteuses ou géants de la chimie pour les herbicides, pesticides, insecticides... souvent avec le concours de la presse spécialisée qui a besoin d’annonceurs pour vivre.

Autre secteur faisant parler de lui depuis des années : les laboratoires pharmaceutiques qui engrangent des dons, des cotisations et qui investissent… dans la Bourse pour faire monter les cours et les rémunérations des actionnaires. La recherche du profit passe avant l’intérêt des populations et des malades.

Les recherches s’orientent rarement vers les causes des maladies qui permettraient d’intervenir en amont pour les empêcher de survenir. Elles portent sur des médicaments qui permettent de vivre plus longtemps avec la maladie, voire sur des interventions chirurgicales coûteuses et risquées (pour le patient bien sûr), pour soigner des symptômes mais pas pour guérir.


4. Les leçons à tirer de l’expérience

Depuis 1973, jamais le taux de croissance de l’activité économique n’a retrouvé le rythme enregistré durant les 30 années d’après-guerre.

D’une année sur l’autre, de crise en crise, le taux de chômage ne cesse d’augmenter. Aux causes économiques (saturation des marchés, ralentissement des gains de productivité des entreprises, augmentation des coûts des matières premières, délocalisations,...) se sont ajoutées des causes monétaires et financières (développement de la spéculation sur les marchés, abandon des principes de précaution, création de produits opaques douteux). Après avoir touché les entreprises et le système bancaire, la crise de 2008 s’est étendue aux États qui avaient le choix de laisser tout le système s’effondrer sans qu’il soit possible de prévoir l’issue d’une telle décision, ou d’intervenir financièrement en renflouant les banques.

Choisissant cette seconde option, les États se sont eux-mêmes mis dans une situation financière difficile qui se répercute aujourd’hui sur toutes les populations : hausse des impôts, réduction des dépenses publiques, baisse du pouvoir d’achat, licenciements, chômage,...

L’ampleur des déficits budgétaires des États, le volume des emprunts et la masse d’intérêts qu’ils génèrent ne sont pas de nature à nous rassurer sur l’avenir de notre système économique.

Il est évident aujourd’hui que la somme des intérêts individuels de la minorité au pouvoir conduit à l’appauvrissement collectif, pas seulement dans les pays pauvres mais aussi dans les pays riches. L’économie mondiale telle qu’elle fonctionne est une véritable machine à exclure et à détruire les entreprises, les hommes, la nature. Aujourd’hui la France compte 6 millions de demandeurs d’emploi. Et demain ?

Quel avenir pouvons-nous espérer d’un système paranoïaque qui met ainsi à l’écart une part de plus en plus importante de la population, sans réaliser qu’il se prive en même temps de ses débouchés et de ses ressources ?

Il a totalement été fait abstraction dans ces pages de ce qui s’est passé dans les pays de l’Est, en particulier depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Force est de reconnaître que le système communiste n’a pas fait mieux en son temps que le système capitaliste, qu’il s’agisse du respect de l’homme ou de l’environnement. Notons simplement qu’à la fin des années 1980, lorsque le mur de Berlin s’apprête à tomber et que l’URSS finit par reconnaître l’échec du système communiste, le système capitaliste est déjà lui aussi bien fragilisé.

C’est pourtant bien l’homme et l’environnement qui doivent être au cœur des préoccupations de nos sociétés, qui doivent diriger nos systèmes économiques et politiques, dicter nos comportements.


Accéder au chapitre 2

La pauvreté dans les pays en développement.

Sources et compléments d'information

[2] Le rapport choc de l’UNICEF.
Les chiffres sont accablants. Plus de 3 millions d’enfants, soit un sur cinq, vivent sous le seuil de pauvreté en France. 30 000 sont sans domicile, 9 000 habitent des bidonvilles et 140 000 décrochent de l’école chaque année. Source :
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150609.OBS0396/la-france-protege-mal-ses-enfants-denonce-l-unicef.html

[3] Repenser la culture de la pauvreté. Nicolas Duvoux. Source :
http://www.laviedesidees.fr/Repenser-la-culture-de-la-pauvrete.html

[5] Voir «Une brève histoire des crises financières» de Christian Chavagneux.

[6] Trente glorieuses : expression tirée de l’étude publiée en 1979 par l’économiste Jean Fourastier et faisant référence à la période historique comprise entre 1946 et 1975 pendant laquelle la France et la plupart des économies occidentales connurent une croissance exceptionnelle et régulière. Source : http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Trente_Glorieuses/185974

[8] En 1999, le chômage atteint 2,3 millions de personnes en France (source INSEE) selon la définition du BIT (Bureau International du Travail)